2020 / 15 June

ξ


44ans,

Et cela fait presque sept que ma mère s’éteint méchamment.

Par à-coups,

Elle dégringole et elle se consume.

À chaque chute, c’est encore un pan de sa dignité qui s’effrite.

Et Dieu sait, si Dieu existe, qu’elle s’acharne à la préserver, sa dignité.

Et Dieu sait, si cela existe, que tout au long de sa vie elle n’a été obsédée que par cela, sa dignité.

Ses muscles meurtris esquissent des gestes pathétiques. Ils époussettent les miettes tombées de sa bouche maladroite, ils se hâtent de cacher la bave qui coule des commissures, ils feignent de frotter les yeux larmoyants qui clignotent et qui s’égarent.

Un manège esquintant pour son corps affaibli. Un manège affolant pour ceux qui assistent impuissants à son cirque, à son impuissance.

Elle recommencera demain, et le jour suivant. Et ainsi de suite, sans pause, sans relâche. Un jour, le jour suivant, et celui qui suit.

Elle s’acharnera à lutter contre les miettes qui tombent, contre la bave qui coule, contre les yeux qui s’affolent, contre l’incontinence qui guette.

Elle s’acharnera à lutter contre les mille petites misères qui meublent ses journées.

Mille petites misères, qui meublent ses journées.

Mille petites misères, qui font de sa vie un enfer.

Les tranchées s’ouvrent par dizaines. Les fronts se multiplient et ne lui laissent pas un seul instant de répit. Pas un seul. Pas un moment, un simple moment. Pas de répit.

L’indulgence divine est-elle donc une farce ?

Si Dieu existe. Vraiment. C’est un porc.